« C'est rendu que même quand il fait rien, il me tape sur les nerfs. »

Il y a un stade de l’irritation qui est assez facile à reconnaître.
Ton employé entre dans ton bureau et, avant même qu’il ouvre la bouche, tu sens déjà ta patience descendre de trois étages.
Il pose une question : ça t’irrite.
Il ne pose pas de question : ça t’irrite aussi.
Il parle trop fort. Il marche trop lentement. Il soupire. Il mâche une pomme avec beaucoup trop de confiance.
Bref, rendu là, il respire ton air.
Et clairement, tu trouves qu’il en prend un peu trop.
Même si c’est drôle à dire, ce niveau d’irritation-là mérite qu’on s’y attarde.
Quand chaque détail devient une preuve
Plus l’irritation s’accumule, plus ton cerveau se met à remarquer tout ce qui confirme que cette personne-là t’énerve.
Son retard de trois minutes devient une preuve de son manque d’engagement.
Sa question devient une preuve de son manque d’autonomie.
Son oubli devient une preuve qu’elle ne t’écoute jamais.
Sa façon de brasser son café devient mystérieusement un enjeu organisationnel.
Ce n’est pas nécessairement parce que tu inventes les problèmes. Certains comportements sont peut-être réellement dérangeants ou inadéquats.
Mais ton niveau d’irritation peut finir par brouiller ta capacité à évaluer la situation avec justesse.
Tu ne réagis plus seulement à ce qui vient de se passer.
Tu réagis à ce qui vient de se passer, plus aux quinze autres affaires que tu n’as jamais adressées.
Le problème n’est probablement pas sa façon de respirer
Quand un employé finit par t’irriter à ce point-là, il y a souvent quelque chose qui s’est accumulé en dessous.
Des attentes qui n’ont pas été respectées.
Des comportements que tu as tolérés trop longtemps.
Des conversations que tu as repoussées parce que tu étais fatigué, occupé ou simplement tanné de te répéter.
Peut-être aussi une perte de confiance, une incompatibilité dans vos façons de travailler ou une situation que tu pensais temporaire, mais qui dure maintenant depuis assez longtemps pour avoir sa propre carte d’employé.
L’irritation devient alors le symptôme.
Pas nécessairement le vrai problème.
Avant de lui reprocher d’exister un peu trop fort
Tu dois revenir aux faits.
Pas : « Il m’énerve. »
Parce que ça risque d’être un peu mince dans un plan d’intervention.
Mais plutôt : « Quels comportements précis m’irritent? »
« Quelles attentes ne sont pas respectées? »
« Est-ce que je les ai clairement communiquées? »
« Est-ce que j’ai déjà donné un feedback concret là-dessus? »
« Est-ce que le problème peut réellement être corrigé? »
Parce que tu ne peux pas demander à quelqu’un de corriger une vibe.
Tu ne peux pas non plus écrire dans une évaluation de rendement : « Globalement, ta présence me gosse. »
Tu peux toutefois lui parler de ses retards, de son ton avec les clients, de son manque de suivi ou des décisions qu’il fait constamment remonter vers toi.
Ça, c’est observable.
Ça se nomme.
Et surtout, ça peut faire l’objet d’une attente claire.
Ton irritation t’appartient, mais elle t’informe
Le but n’est pas de te culpabiliser parce qu’un employé t’irrite.
On est humains. Certaines personnalités nous demandent plus d’énergie que d’autres.
Mais ton rôle de leader, c’est de ne pas laisser cette irritation prendre les décisions à ta place.
Elle peut t’indiquer qu’une conversation est nécessaire.
Qu’une limite doit être remise.
Qu’un comportement doit être corrigé.
Ou parfois, que la relation de travail ne fonctionne tout simplement plus.
Mais avant d’arriver à cette conclusion, tu dois être capable de séparer ce que la personne fait réellement de tout ce que ton cerveau lui reproche maintenant qu’il n’est plus capable de la sentir.
Parce que lorsque tu es rendu au stade du « il respire mon air », attendre ne rendra probablement pas la situation plus agréable.
Ça va seulement laisser à ton irritation plus de temps pour monter un dossier de preuves digne d’une série policière.
La vraie question à te poser, ce n’est donc pas seulement : « Pourquoi cette personne m’irrite autant? »
C’est plutôt : « Qu’est-ce qui s’est accumulé entre nous pour que j’en sois rendu là? »
Parce que ton irritation essaie probablement de te dire quelque chose.
À toi maintenant de revenir aux faits, de mettre des mots sur le vrai problème et d’avoir la conversation qui aurait peut-être dû avoir lieu bien avant que sa façon de respirer, de marcher ou de mélanger son café commence à te sembler personnellement dirigée contre toi.
Bonne réflexion!
Tu sens que certaines situations dans ton équipe se sont accumulées au point où tu ne sais plus comment les adresser sans exploser, les éviter ou tout prendre personnel?
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