« Les jeunes ne veulent plus travailler »

C’est une phrase que j’entends souvent de la part des propriétaires et des gestionnaires.
« Les jeunes qui sortent de l’école ne veulent plus travailler. »
Je comprends d’où vient cette impression-là.
- Ils questionnent davantage les horaires.
- Ils mettent leurs limites plus rapidement.
- Ils sont moins impressionnés par le fameux : « Dans mon temps, je faisais 70 heures par semaine pis je me plaignais pas. »
Mais est-ce que ça veut dire qu’ils ne veulent pas travailler?
Pas nécessairement.
Ça veut surtout dire que leur rapport au travail a changé.
Travailler fort ne veut pas toujours dire être performant
Pendant longtemps, on a associé la performance au nombre d’heures travaillées.
La première personne arrivée.
La dernière partie.
Celle qui répond à ses courriels à 22h 47 pendant que son œil gauche shake tout seul.
Sauf qu’on sait aujourd’hui que travailler plus longtemps ne signifie pas automatiquement produire davantage.
Après un certain seuil, chaque heure supplémentaire rapporte moins : la fatigue augmente, la concentration diminue et les erreurs deviennent plus fréquentes.
Tu peux être assis devant ton ordinateur pendant douze heures.
Ça ne veut pas dire que ton cerveau était présent pendant les douze. Il est peut-être parti vers 15h 12, pis depuis ce temps-là, ton corps répond à des courriels avec ce qui lui reste de batterie.
Les nouvelles générations n’ont pas inventé le besoin d’équilibre
Elles ont simplement grandi avec plus d'informations sur ses conséquences.
Elles ont entendu parler de santé mentale, d’épuisement professionnel, de limites, de récupération et de conciliation travail-vie personnelle beaucoup plus tôt que les générations précédentes.
Elles ont aussi vu leurs parents donner énormément à leur travail, parfois au détriment de leur santé, de leur couple ou de leur présence familiale.
Faque oui, plusieurs arrivent sur le marché du travail avec une question que leurs parents se permettaient peut-être moins de poser :
« Est-ce que ce travail-là mérite vraiment le prix que je vais devoir payer pour le faire? »
Cette question peut être confrontante pour un propriétaire qui a bâti son entreprise à coups de semaines interminables.
Parce qu’elle peut sonner comme un manque d’ambition.
Mais vouloir protéger son énergie ne veut pas nécessairement dire manquer d’ambition. Ça peut aussi vouloir dire vouloir être capable de bien travailler longtemps, au lieu de se brûler rapidement pour prouver quelque chose.
Une génération qui ne travaille pas, vraiment?
Au Québec, en 2022-2023, environ un jeune du secondaire sur deux travaillait pendant l’année scolaire. En cinquième secondaire, cette proportion montait même à 69 %. (Institut de la statistique du Québec)
Pas exactement le portrait d’une génération complète qui attend sur son divan que la vie lui fasse un virement Interac.
Ce qui a changé, ce n’est donc pas nécessairement leur volonté de contribuer.
C’est leur façon d’évaluer l’effort demandé.
Ils veulent comprendre :
- Pourquoi on le fait?
- Est-ce vraiment prioritaire?
- Existe-t-il une façon plus efficace de le faire?
- Est-ce que l’effort est temporaire ou est-ce que ça va devenir la norme?
Et honnêtement, ce ne sont pas de mauvaises questions.
Les sprints ont encore leur place
Travailler intelligemment ne veut pas dire refuser tout inconfort.
Il y a des périodes où il faut en donner plus : un lancement, une grosse commande, une urgence ou un client qui décide que son problème est maintenant ton problème un vendredi à 16h 42.
Les sprints d’efforts font partie de la réalité d’une entreprise.
Mais un sprint devrait avoir une ligne d’arrivée.
Si ton équipe sprinte depuis huit mois, ce n’est plus un sprint. C’est ton modèle d’affaires qui fonctionne constamment en état d’urgence.
Avant de conclure qu’un jeune ne veut pas travailler
Pose-toi plutôt ces questions :
«Est-ce que mes attentes sont claires?»
«Est-ce que j’explique l’importance du résultat ou est-ce que je donne seulement une tâche?»
«Est-ce que je mesure sa contribution réelle ou surtout le nombre d’heures pendant lesquelles je le vois travailler?»
«Est-ce que les efforts supplémentaires sont reconnus et suivis d’une période de récupération?»
«Est-ce que je lui demande de contribuer à une priorité claire ou de compenser constamment pour un manque d’organisation?»
Parce que oui, il existe des jeunes qui ne veulent pas travailler.
Comme il existe des personnes de 35, 48 ou 62 ans qui ne veulent pas travailler non plus.
La paresse n’a pas attendu TikTok pour être inventée.
Mais réduire toute une génération à un manque d’éthique de travail nous empêche de voir ce qu’elle peut aussi nous apprendre : la performance ne se mesure pas seulement à la quantité d’énergie dépensée.
Elle se mesure surtout à ce qu’on réussit à accomplir avec cette énergie.
Les jeunes ne veulent peut-être pas moins travailler.
Ils veulent simplement éviter de se brûler les deux bouts de la chandelle juste pour prouver qu’ils possèdent une chandelle.
Bonne réflexion !

Stéphanie-Frédérique
Avant de conclure que ton équipe manque de volonté, encore faut-il prendre le temps de comprendre ce qui la motive, ce qu’elle questionne et ce dont elle a besoin pour bien contribuer.

C’est justement l’un des réflexes que je t’aide à développer dans Marque ton leadership (en 90 jours) : observer ton équipe, mieux la comprendre et bâtir ton leadership à partir de ce qui se passe réellement sur le terrain, pas à partir de suppositions.
Parce que prendre sa place comme leader, ce n’est pas demander à tout le monde de travailler comme toi.
C’est apprendre à faire ressortir le meilleur de personnes qui ne pensent pas nécessairement comme toi.
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